La Triple Entente à la veille du conflit

Le Petit Comtois du 3 mai 1914

L. Cordelier se livre une fois de plus à une analyse très pertinente des systèmes d’alliance en Europe et de la situation internationale début mai 1914. Triple ententeIl fait référence à la visite récente des souverains anglais (cf. billet du 22 avril) qui a suscité tant d’enthousiasme pour rappeler ce qu’est réellement l’Entente Cordiale qui a tout juste dix ans. Il avait déjà traité de cette Entente franco-anglaise dans l’édition du 22 juin 1913 à l’occasion du voyage du Président Poincaré en Angleterre.

Triple entente 2Il ajoute que l’entente anglo-russe constitue l’assise et l’équilibre indispensable de ce trépied de l’Entente. Si l’entente avec l’Angleterre n’est pas une alliance alors que le lien franco-russe va jusqu’à l’accord militaire de soutien réciproque, Cordelier considère que l’Angleterre est prise dans un devoir de soutien à chacun de ces deux pays amis.

Pour mieux engager l’Angleterre et la Russie, le chroniqueur a l’habileté d’évoquer comme premier devoir celui de la France vis à vis de ces deux États amis en cas d’agression allemande. Mais s’il ajoute que ce devoir de soutien armé doit être réciproque, il prend soin de préciser que l’Angleterre n’a souscrit aucun engagement de ce type. En tous cas, il ne manque pas de sagacité à propos de l’engrenage vers la guerre par les systèmes d’alliance, il ne le souhaite pas, mais le sait possible.

Triple entente 3Ajoutant des références à l’histoire antique de la Grèce et de Rome, il cite les erreurs des Curiaces d’Albe qui payèrent de leur vie de ne pas arriver en même temps pour se battre contre Horace, champion de Rome  au VIIème siècle avant JC ; puis celles des cités grecques, au IV ème siècle avant JC, divisées et chiches de leur soutien mutuel contre Philippe de Macédoine qui en profita pour s’imposer à toutes.

Triple entente 4Pour flatter la puissance passée et présente de la Grande Bretagne,  il se réfère à la résistance tenace des britanniques contre l’hégémonie de Louis XIV et de Napoléon. Ainsi, il justifie même la politique extérieure passée de l’Angleterre contre la France pour  mieux défendre son devoir de soutien en 1914. Triple entente 5Devoir indispensable face aux complications des affaires balkaniques.

Il critique alors les propos mensongers de la diplomatie austro-hongroise prétendant ne Triple entente 6 Bpas être hostile à la Serbie alors que toute la politique des Habsbourg consiste à contenir l’expansionnisme serbe. L’annexion de la Bosnie-Herzégovine en 1908 en est une illustration et la création d’une Albanie a eu pour but d’empêcher la Serbie d’accéder à la mer.

Sa conclusion est sans ambiguïté : la Triple Entente ne provoquera pas la guerre, mais elle agira si ses intérêts sont menacés. C’est bien ce qui se passera moins de trois mois après.

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