La réélection de l’abbé Lemire

Le Petit Comtois du 2 mai

PC 02_05_1914 abbé Lemire 1Pour que la chronique régionale comtoise porte sur l’élection de l’abbé Lemire, dans le département du Nord, il faut que cela serve la cause radicale et soit un exemple pour le Doubs ou Besançon où les cléricaux sont nombreux et influents.

Parlant des opposants à ce candidat-député et  abbé, J. Turquis nomme les cagots et l’évêque, les bedeaux et les marguilliers. PC 02_05_1914 abbé Lemire 2Tout un vocabulaire un peu désuet (sauf le mot évêque) pour le lecteur de 2014, mais tellement typé. Cagot signifie dévot, mais avec hypocrisie; le bedeau désigne le sacristain, mais aussi l’homme à tout faire dans une église ; les marguilliers sont les laïcs qui administrent les paroisses. PC 02_05_1914 abbé Lemire 3Tous sont très impliqués dans la vie catholique et Turquis semble évoquer un complot des forces cléricales contre l’abbé Lemire.

L’abbé Lemire n’était pas en odeur de sainteté dans sa hiérarchie. Bien que prêtre, l’évêché n’appelait pas à voter pour lui car il s’affichait comme républicain. Il n’était  donc pas le  « bon » candidat pour l’Église du Nord… Or, son adversaire ne l’emporta pas et Lemire fut réélu pour la sixième fois (il était député depuis  1893).L’évêque de Lille le suspendit alors et il ne put plus dire la messe jusqu’à sa réhabilitation par le pape en 1916.

Lemire (1853-1928) était député depuis 1893 et ses positions politiques lui valurent des déboires bien avant 1914. D’abord parce qu’il défendit la séparation de l’Église et de l’État (1905),  mais aussi parce qu’il eut des positions jugées trop sociales et révolutionnaires comme sa lutte contre la peine de mort. Le Petit Comtois suivit avec attention ses démêlés avec sa hiérarchie car les radicaux du Nord soutinrent sa candidature dès 1910. Et le journal trouvait là une bonne occasion de « bouffer  du curé » puisque l’évêque de Lille faisait preuve d’un traditionalisme obtus.

PC 08_12_1913 abbé Lemire 4En décembre 1913, des articles occupent plusieurs unes  du journal pour mettre en évidence le conflit moyenâgeux entre l’abbé et son évêque. Ce dernier accusait Lemire de tenir des conférences  scandaleuses sur le patriotisme, sur les lois sociales et sur la question religieuse. En fait il ne supportait pas qu’il soutienne ouvertement la République. PC 08_12_1913 abbé Lemire 5Et comme Lemire était très populaire par son action, il faisait de l’ombre, à son corps défendant lui qui agissait humblement, à bien des catholiques conservateurs et peut-être même à son évêque.

 

PC 09_12_1913 abbé Lemire 6

 

La réponse de Lemire fut aussi claire qu’efficace. Affirmant tout à la fois son catholicisme et son républicanisme.

 

L’abbé Lemire avait fondé en 1896 la Ligue française du Coin de Terre et du Foyer, c’est à dire les jardins ouvriers qui donnèrent naissance à la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs. Si vous voulez faire connaissance avec les jardins familiaux de Besançon, regardez ce power point.

La video suivante (site de l’INA) montre le Président de la République Raymond Poincaré (1913-1920) venu rendre hommage à l’abbé Lemire lors d’une visite de jardins ouvriers.

 

 

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