Campagne pour les législatives (6) : questions de fond.

Le Petit Comtois du 21 avril 1914

Durant tout le mois d’avril 1914, le Petit Comtois consacre l’essentiel de ses pages à la campagne électorale. PC 23_04_1914 SaillardIl suit les candidats députés de son camp, le parti radical-socialiste. Les questions de fond ne sont pas négligées, mais l’âpreté des débats les font passer parfois  en arrière plan et nombreuses sont les colonnes consacrées à se défendre des attaques de l’adversaire ou à le dénigrer, surtout à l’approche du scrutin et durant l’entre deux tours. (cf. le billet du 17 avril)  Ci-contre un exemple d’attaque contre le candidat de droite de la circonscription de Besançon-ville.
Voici quelques-unes des questions qui occupèrent le plus sérieusement cette campagne.

  • L’impôt sur le revenu (ISR)

Grande question qui départage assez nettement la gauche de la droite. Elle est en débat depuis des années puisque l’Assemblée Nationale a déjà voté cet impôt en 1909. Joseph Caillaux ministre des finances du Gouvernement Doumergue en a fait son cheval de bataille avant d’être démissionnaire suite à l’assassinat du directeur du Figaro par Mme Caillaux. À gauche, la SFIO appuie évidemment le parti radical pour cette loi, mais, la Fédération des gauches se montre peu enthousiaste pour l’Impôt Sur le Revenu (ISR).

PC 21_04_1914 camp. législatives 1Le Petit Comtois du 21 avril, après l’encart ci-contre, digne de la lutte des classes, met habilement en scène deux paysans, Jean Bretet et Pierre Ricols, lisant des affiches de dessins sur l’ISR. Ces affiches sont hostiles à l’ISR et nos paysans comprennent vite que le coût de cette campagne d’affichage est suffisamment élevé pour provenir d’un financement de riches, payant ainsi pour ne pas avoir à verser plus au profit de la collectivité. Le journal, par ce récit sous forme de dialogue simple, fait preuve de pédagogie pour expliquer qui a intérêt à refuser l’ISR.

Rappelons que le problème était d’origine budgétaire. Les efforts financiers faits pour l’armée provoquait un déficit inquiétant et c’est bien pour le combler que cet ISR a été conçu et non seulement  pour réduire des injustices fiscales. Mais, bien sûr, pour les radicaux-socialistes, il fallait insister sur la réduction des inégalités permise par cette réforme et ils le firent habilement et sincèrement.

  •  La loi de trois ans et sa modification

PC 19_04_1914 camp. législatives 4Voici comment Maurice Bernard, le candidat radical de la première circonscription du Doubs (voir le billet du 5 avril), c’est à dire essentiellement Besançon –ville, présente sa position sur la loi de trois ans. Il ménage la chèvre et le chou car il sait l’impopularité de cette loi, mais il n’ignore pas non plus qu’elle ne peut pas être remise en cause dans le contexte international. Il laisse simplement entendre que, dans un avenir indéfini, peut-être pourrait-elle être aménagée.

Il est nécessaire de rappeler que la loi de trois ans a alors un coût élevé et que d’autres dépenses ont été engagées pour l’armée : armement renouvelé et augmenté, amélioration des travaux de défense et des casernements, relèvement des soldes de tous les personnels militaires,  développement d’une aéronautique militaire. Le ministre des finances, M. Renoult qui a succédé à J. Caillaux, rappelle tout cela dans un discours du 19 avril, publié par le Petit comtois le 23 avril.

  • La laïcité 

Cheval de bataille des radicaux et de tous les Républicains contre leurs adversaires cléricaux, conservateurs et réactionnaires, la laïcité est déjà triomphante, mais ses opposants restent actifs et n’ont pas tous digéré les interdictions et restrictions envers les congrégations religieuses d’enseignement, ni la séparation de l’Église et de l’État de décembre 1905. La laïcité est et restera un terrain de lutte durant tout le XXe siècle et même de nos jours.

PC 19_04_1914 camp. législatives 2Publiant une lettre de Charles Beauquier, le député radical qui ne se représente pas en 1914, le Petit Comtois s’en prend au cléricalisme dissimulé de PC 19_04_1914 camp. législatives 3l’adversaire libéral, M. Saillard, alors maire de Besançon. Il le présente comme un dissimulateur à propos de ses idées profondes. Saillard n’était pas un partisan inconditionnel de l’enseignement privé, mais sachant la nécessité d’être appuyé par le camp conservateur, il faisait plus que des concessions à ses soutiens. C’est cela que Beauquier met en évidence pour discréditer ce candidat adverse.

La bataille entre partisans de l’école religieuse et partisans de l’école laïque est rugueuse et s’étend à l’époque jusqu’aux enfants eux-mêmes. Ceux-ci y participent dans la rue quand ils se rencontrent sur le chemin de l’école.

C’est ainsi que l’on se rappelle certains épisodes récents de la manif pour tous où les enfants, instrumentalisés aussi, étaient dans la rue avec leurs parents pour crier de désolants et lamentables slogans.

  • Les progrès sociaux. Le Programme radical voyait large, mais s’appuyait, il est vrai, sur une oeuvre déjà commencée et, avec A. Métin au ministère, la sincérité des radicaux-socialistes était crédible. PC 24_04_1914 oeuvre sociale

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