Besançon, ville romaine, conférence de mars 1914…

Les Petits Comtois du 8 mars et du 13 mars 1914

… Une conférence qui nous fait comprendre combien la connaissance de Besançon antique a progressé…

PC 08_03_1914 VesontioLe Petit Comtois annonçait ainsi une conférence sur Besançon à l’époque romaine. Le conférencier, Jérôme Brochet (une rue du quartier de Bregille porte son nom), était agrégé et docteur es  Lettres depuis 1906 ; en 1914, il était admis à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon dont il deviendra président. Ami d’Albert Metin alors ministre, le Petit Comtois était tout acquis aux travaux de Jérôme Brochet, vraisemblablement radical-socialiste comme Metin.

PC 08_03_1914 Vesontio 3Le 13 mars, lendemain de la conférence, ce compte-rendu élogieux était publié. Considérons-le comme reflétant fidèlement les propos de J. Brochet.

Brochet avait évoqué Auguste Castan (1833-1892) à qui il devait l’essentiel de sa documentation, et il déplorait l’absence de son effigie sur le lieu que celui-ci  fouilla avec passion, au pied de la Porte Noire, arc de triomphe gallo-romain. Cet endroit, ensuite aménagé en square avec vestiges archéologiques, fut baptisé du nom de son inventeur en 1898.

PC 08_03_1914 Vesontio 4 1ère partieAprès le récit des conquêtes de la Séquanie par César, le professeur présenta Vesontio telle que le conquérant la vit et la décrivit. Mais là où ses connaissances sont lacunaires, c’est quand il présente la cité gauloise comme une bourgade aux constructions médiocres. L’archéologie, ces trente dernières années, a fait de considérables découvertes et atteste désormais du développement d’une véritable cité gauloise dans la plus grande partie de la boucle du Doubs au passage du IIe au Ier siècle avant JC, donc un demi siècle avant la venue de César. De plus, cet oppidum, cerné d’un imposant murus gallicus de prestige, disposait de rues de plus en plus alignées prouvant ainsi « l’existence d’une puissance publique régulatrice »avant la romanisation.
cf. reconstitution ci-dessous. 

PC 08_03_1914 Vesontio celteVesontio, oppidum gaulois, entouré du murus gallicus.
Document emprunté au catalogue de l’exposition archéologique de 2006 DE VESONTIO À BESANÇON. Chaman Édition Neuchâtel, 2006.

PC 08_03_1914 Vesontio 5Après avoir bien suggéré le bouleversement progressif de la ville dû à la romanisation, le conférencier commet une autre erreur, bien involontaire. Elle concerne l’existence d’une garnison. Rien n’en témoigne, ni les textes, ni les vestiges archéologiques. Mais Vesontio fut bien municipe, une capitale de civitas, avant d’obtenir le statut de PC 08_03_1914 Vesontio 6colonie vers 70 de notre ère. Et c’est bien aussi  sous les Antonins (96 à 192 ap. J-C.) que Vesontio connut son apogée.

Mais la prospérité de la cité ne dura pas quatre siècles, et J. Brochet exagère quand il compare Vesontio à une petite Rome pendant une telle durée. Dès la fin du IIe siècle, les ravages des invasions affectèrent la cité. Même si elle demeura importante, elle ne fut plus prospère à l’image de l’Empire menacé.

…Et combien, en 1914,  l’actualité internationale inquiétante trouble les esprits.

PC 08_03_1914 Vesontio 7La fin de cet article est d’un grand intérêt pour qui veut comprendre les mentalités de l’époque, y compris celles des élites cultivées.  En effet, le professeur Brochet met en relation, de façon allusive, mais tellement évidente, les invasions germaniques de l’Antiquité avec la menace d’une nouvelle invasion allemande (après celle de 1870). Voici ce qu’il sous-entend : les invasions barbares antiques ont détruit  l’empire romain, une nouvelle invasion allemande serait capable d’anéantir la civilisation française (qui doit beaucoup à Rome) et, évidemment Besançon, ville prospère (comme Vesontio autrefois) où ses habitants sont heureux, serait anéantie complètement sous une trombe de fer et de feu.

Vesontio à son apogée au IIe siècle.
Document emprunté au catalogue de l’exposition archéologique de 2006 DE VESONTIO À BESANÇON. Chaman Édition Neuchâtel, 2006.PC 08_03_1914 Vesontio gallo-romain

Pour éviter à la ville ce terrible scénario, J. Brochet faisait appel à la force du sentiment national. Mais encore une fois, le péril était identifié provenant d’Allemagne, l’idée d’un voisin barbare et agressif était entretenue.

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