Quand l’affaire Cadiou et le roman policier deviennent prétexte d’une critique de la police.

Le Petit Comtois du 20 février 

Le Petit Comtois ne se complaisait pas dans les faits divers criminels. C’était avant tout un journal politique, d’opinion. Néanmoins, la chronique régionale, souvent tenue par Jean Turquis en 1913 et 1914, utilise parfois l’un de ces faits pour en tirer un enseignement plus général, une critique des comportements ou du fonctionnement d’une institution. Nous l’avons vu critiquer les mœurs américaines au profit des mœurs françaises.

PC 20_02_1914 Cadiou 1Il commence sa chronique du 20 février 1914 par l’évocation du succès des romans policiers. Citant les principaux auteurs de l’époque, Maurice Leblanc, Conan Doyle et Gaston Leroux.
Puis il s’en prend au travail de la police, jugée incapable d’une simple observation dans une affaire qui fit grand bruit : PC 20_02_1914 Cadiou 2l’affaire Cadiou, du nom d’un directeur d’usine disparu le 29 décembre 1913 et dont le corps est retrouvé le 5 février 1914 après consultation d’une voyante. L’affaire se passe en Bretagne, à Landerneau. Ce n’est donc pas la PC 20_02_1914 Cadiou 3Franche-Comté qui inspire notre chroniqueur. Il appelle cette voyante, une somnambule, et trouve là le premier élément de sa critique à l’encontre des enquêteurs incapables de parvenir à ce résultat sans une aide extérieure des plus curieuses, d’autant que le medium habitait Nancy. La victime est découverte avec le cou tranché et on en reste là jusqu’à ce qu’un légiste trouve une balle dans le corps.

La légèreté avec laquelle la police semble avoir travaillé donne à Turquis l’occasion de quelques lignes bien caustiques sur les méthodes policières ou l’absence de méthode.

Il termine en déplorant le surnombre des policiers. Pour cela, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui, les médias et l’opinion en général estiment en surnombre les forces de police et de gendarmerie.

Turquis n’a pas choisi de parler des rumeurs d’espionnage qui ont accompagné cette affaire. L’usine que dirigeait Cadiou dépendait de capitaux allemands et l’on avait soupçonné celle-ci d’avoir livré de la poudre de mauvaise qualité à l’artillerie française. Il n’en fallait pas plus pour parler d’espionnage dans le cadre de la tension franco-allemande de l’époque. Les notables locaux firent aussi l’objet de rumeurs. L’affaire n’a jamais été élucidée.

Le 4 mars, Turquis réitéra sa critique de la police en raison de son incapacité à arrêter les grands bandits le lendemain d’un vol de sacs postaux remplis de titres au porteur.

PC 20_02_1914 Cadiou 24_02En tous cas, l’affaire Cadiou alimenta les éditions de presse, ainsi, le 25 février, le député du Doubs, Charles Beauquier, (élu continuellement depuis 1880, il terminait alors ce qui serait son dernier mandat) regretta l’inconséquence des magistrats de Brest qui avait pris pour argent comptant les propos de la «voyante » de Nancy, sans se demander qui avait bien pu la renseigner et sans la faire arrêter.

Voilà comment le n°21 de la revue Crimes et Châtiments de 1931, commençait un long récit sur cette affaire. (source  Gallica)

Cadiou Bnf Gallica

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