La société de la Belle-Époque, une société violente ?

Le Petit Comtois du 31 octobre 1913 et d’autres extraits de fin janvier 1914

Retour sur une chronique du mois d’octobre 1913. Elle nous permet d’évoquer la violence de la société de l’époque, avant la tuerie de masse de 1914-1918.

En France, en octobre 1913, 100 homicides pour une semaine ! Assurément, cela devait sortir de l’ordinaire pour que Jean Turquis, dans le Petit Comtois du 31 octobre 1913 parle de «vent de folie furieuse soufflant sur notre pays… ». Mais même si cela était quatre fois plus important que d’ordinaire, cela fait encore 100 homicides par mois et donc plus de 1000 par an pour une population qui compte alors 40 millions d’habitants.

Déjà, le prétendu laxisme de la justice est mis en cause par Turquis. Mais il a raison de montrer du doigt la détention d’armes alors beaucoup plus libre qu’actuellement, même si aujourd’hui les trafics multiplient les détentions illégales.

Quelle est la situation actuelle ? On a dénombré 665 homicides  pour l’année 2012 et ce, pour une population de 65 millions d’habitants. Selon wikipedia, la France dispose de statistiques sur le nombre d’homicides depuis le Premier Empire. La tendance longue est à la baisse. En 2000, avec un taux de 0,7 pour 100 000 habitants, la France présentait un des plus faibles taux d’homicide au monde.

Selon Mucchielli qui a étudié de près la période 1970-2007 en France, dans un chapitre de l’ouvrage collectif « Histoire de l’homicide en Europe, de la fin du Moyen Age à nos jours » : « La période contemporaine est assurément l’une des moins meurtrières depuis le début du XIXe siècle, comme le suggère la statistique juridique disponible depuis 1825. »

Belle, « la Belle Époque » (1896-1914) ? Il faut rappeler que cette expression n’apparaît qu’après 1918, par nostalgie d’une époque qui n’avait pas été bouleversée par une telle guerre.

Mais la société de 1896-1914 n’était pas sans violence : violence de l’autorité implacable de beaucoup de pères, des élites, des dirigeants ; violence de la justice, féroce pour le pauvre hère, le vagabond, le petit voleur (cf exemple ci-dessous, tiré d’un compte rendu de séance du tribunal correctionnel de Besançon où, pour une boîte de caramels, ces deux gamins prennent de 4 jours à 1 mois de prison) ; violence du travail salarié en usine et en atelier, avec peu de garanties de sécurité, sans couverture sociale digne de ce nom, même si la législation progresse alors ; violence de l’embrigadement nationaliste qui préparait dès l’École à l’esprit combattant… Si la préparation militaire à l’école primaire, avec les bataillons scolaires, disparaît en 1892, un certain nombre d’instituteurs continuait à la pratiquer.
Et, janvier 1914, particulièrement froid, permet de comprendre la violence ordinaire de la misère . Et ces cas ne furent pas les seuls, à Besançon, en janvier 1914.

La tuerie de masse de 1914-1918 fut possible aussi en raison de la violence de la société, de la préparation des esprits à l’idée de guerre, même si ces explications ne sont bien évidemment pas les seules et si des voix se sont élevées contre la guerre avant et durant le conflit.

Cependant, pour rappeler que la Belle-Époque est aussi une période de grande générosité et d’espoir dans le progrès et la bonté humaine, je reviens sur cet article du Petit Comtois du 21 décembre 1913 (p.3) concernant le travail du Dolois Jules Bluzet. J’ajouterai seulement les termes qui précèdent la conclusion de cet article sur la maltraitance animale.(Ce thème a été traité le 19 décembre 2013). Ils gardent toute leur valeur aujourd’hui et  témoignent d’une clairvoyance remarquable à la veille du massacre de 14-18. Des hommes étaient conscients de la violence de la société de l’époque (pas seulement à l’égard des animaux) et comprenaient parfaitement que cette violence contre l’animal pouvait se retourner contre l’humanité elle-même.
À cette époque, l’on croit au progrès de la civilisation par l’éducation.

Encore une fois, le Petit Comtois témoignait d’un véritable intérêt pour les faits de société. 

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